L’objet design au secours de l’architecture ?
Par Laurent Brixius
Nous sommes dans une période de prospérité ! C’est peut-être difficile à accepter face à la crise actuelle mais c’est pourtant le cas. Il suffit pour s’en convaincre de comparer nos habitudes de consommation avec celles de nos parents, il y a 30 ou 40 ans.
Cette prospérité, associée aux avancées technologiques actuelles, met l’objet « design » à la portée de monsieur-tout-le-monde. Un élément de mobilier signé par un grand designer était, il y a un demi-siècle, inaccessible au commun des mortels. A présent, des entreprises comme IKEA mettent l’objet ou le mobilier esthétique à la portée du plus grand nombre. Vous pouvez vous offrir des objets conçus par des designers renommés tels que Karim Rasheed ou Philippe Starck pour quelques euros… Et ça marche ! Le client préfère acquérir un objet qui soit beau plutôt qu’un autre qui soit simplement fonctionnel, quitte à payer la différence de quelques euros. Plus qu’un produit, le consommateur actuel recherche une expérience, des émotions, des sensations.
Je trouve cela très rassurant pour l’avenir ! Mais au fait…
Qu’en est-il de l’architecture ?
Il semblerait, malheureusement, que l’attrait pour le beau, pour l’esthétisme, n’ait pas encore atteint massivement le domaine de la construction. Trop souvent, on continue à bâtir des maisons et des bâtiments passe-partout, identiques ou presque à leurs voisins, des bâtiments clé-sur-porte, vendus sur plan, qui vont rarement au-delà du seul aspect fonctionnel. Puis on y met du mobilier design, des objets de décoration esthétiques… Un intérieur personnalisé dans une enveloppe banale ? N’y a-t-il pas un décalage ?
Qui est responsable de la pauvreté architecturale actuelle ?
Est-ce l’infographiste, comme on me l’a asséné sur un forum de discussion ? Est-ce le promoteur immobilier, l’entrepreneur, le monde politique et les règlements d’urbanisme ? Est-ce l’architecte ? Les torts sont sans doute partagés.
Si je publie cet article, c’est parce que je crois qu’il y a un espoir :
Le design pour élever la qualité architecturale
Je pense que le bel objet ou le mobilier design, maintenant accessible au plus grand nombre, va progressivement améliorer le sens esthétique de la population. Le citoyen lambda est de plus en plus habitué à côtoyer et à apprécier le beau à l’intérieur de son habitation. On peut espérer que cet attrait pour le bel objet soit élargi progressivement à l’enveloppe extérieure de nos bâtiments, à nos villes et à nos villages.
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Êtes-vous satisfait de l’environnement architectural actuel ? Quelles sont vos idées pour l’améliorer ? Et qui doit en être le moteur ? L’architecte ? Le client ? Le promoteur immobilier ? Les pouvoirs publics ?
Les exigences du citoyen pour son espace de vie intérieur va-t-il s’étendre à son environnement extérieur ? Est-ce une tendance que vous percevez déjà ?
J’attends vos avis avec beaucoup d’intérêt. Partagez votre point de vue !
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daniel a dit,
le 8 avril 2009 @ 12:41
Je ne dispose malheureusement pas de données valables pour justifier cette intuition, mais je pense que le décalage est surtout lié à l’importance des attributs fonctionnels, et au rapport entre utilité marginale et prix marginal.
Dans un contexte théorique, tant que la valeur additionelle perçue dépasse la coût additionnel, les consommateurs sont prêts a payer (en fait, il est possible d’assigner a chaque charactéristiques du batiment une valeur en euro)
Lors de l’achat d’un bien mobilier, la différence entre ces deux concepts est faible, et l’utilité retirée par la satisfaction d’avoir un beau living justifie un supplement de 2-300 euros. En fait, l’utilité d’un bien meuble est essentiellement non-fonctionelle: une planche en bois peut suffire pour entreposer des casserolles, mais nous dépensons facilement plus de 2000 euros pour une cuisine équipée.
Lors de la construction d’un bien immobilier, par contre, l’investissement en euro est de loin plus élevé, ce qui fait que les seuls prêts a payer pour un tel « attribut » sont ceux qui ont un revenu plus élevé, et donc une notion de valeur attachée a l’argent plus faible. Et surtout la proportion d’attributs purement utilitaire est élevée: au minimum, nous désirons un immeuble fait de matériaux fiables, isolé contre le froid, et ne laissant pas passer l’eau par le toit. Je ne suis pas architecte, mais je doute que ces composantes représentent moins de 80% du coût.
Un autre phénomène entrant en jeu est le fait que en règle générale les individus sont enclins à dépenser une somme importante en plusieurs étapes, mais pas d’un coup. L’aménagement d’un immeuble peut prendre des années (et couter au total TRES cher), en achetant le mobilier désiré au coup-à-coup, tandis que l’investissement de l’immeuble – même s’il est financé – est perçu comme étant immédiat et beaucoup plus conséquant.
Gelard Philippe a dit,
le 16 août 2011 @ 10:37
Bonjour,
La raison en est très simple:
En raison de la crise -mais pas seulement- les budgets des familles pour « un bel espace de vie » se sont réduits. Il est moins cher d’aménager un espace banal pour qu’il soit beau, que de construire un espace beau. Avant et pendant la crise, qui n’a pas touché la Finlande aussi gravement que la France, le nombre de publications concernant la décoration intérieure s’est fortement accru. Les publications concernant l’achat de nouvelles maisons et le développement de l’architecture reste cantonné aux magazines professionels. La décoration intérieure est le moyen le plus simple et le plus économique pour embellir et s’approprier un espace.
Le responsable de la pauvreté architecturale actuelle? je crois que nous y sommes tous pour quelquechose:
En tant que client, nous avons souvent sacrifié la qualité sur l’autel de la consommation: nous voulons plus et de moins bonne qualité.
en tant que professionel: pour satisfaire la demande du client, mais aussi par recherche de l’efficacité budgétaire: Pour rapporter on ne doit pas passer plus de 100h pour dessiner une maison, tant pis s’il y a des détails un peu bancals et des recoins inutiles. Toutes les branches de la profession ont le même problème.
Surtout il existe un profond manque d’éducation de beau. Peu de gens réalisent vraiment que le confort de vie passe aussi par la qualité de l’espace dans lequel ils circulent. et moins encore savent qu’acquérir un espace de qualité n’est pas nécessairement plus cher.
Enfin il est possible que trop d’informations incitant à la consommation nuisent à une conception du confort de vie basé sur la qualité. Il serait intéressant de faire une étude sociale pour comparer le développement personnel aux habitudes consommatrices: Je ne serai pas surpris de découvrir que l’on donne plus de valeur à la quantité que l’on possède plutôt qu’à la qualité de ce que l’on possède. C’est une vraie question sur notre propre développement personnel et nos valeurs en tant qu’être social.
Cela me conduit à mon dernier point, et le plus important:
Est-ce que notre système économique et social est dépassé?
Philippe